La saga autour des actions de la maison Lagardère touche à sa fin

Deux des hommes d’affaires les plus riches de France sont proches d’un accord sur le groupe de médias et d’édition Lagardère qui mettrait fin à leurs tentatives de s’approprier ses actifs pendant plusieurs années, selon trois sources proches des discussions dimanche. Vincent Bolloré, premier actionnaire de Lagardère via son groupe Vivendi, et le magnat du luxe Bernard Arnault, également investisseur dans Lagardère, sont au centre d’une lutte pour le contrôle de l’entreprise et de ses médias influents depuis des mois.

Une guerre des médias politisée

Cette saga a passionné les cercles politiques français à un an de l’élection présidentielle, certains membres du camp du président Emmanuel Macron craignant que Bolloré ne s’empare d’actifs tels que la radio Europe 1 et ne constitue un puissant organe de pression qui irait à l’encontre de sa campagne.

Les trois sources familières avec les discussions ont déclaré que Bolloré, le patron de LVMH Arnault et le PDG de Lagardère Arnaud Lagardere sont en train de finaliser un accord qui inclurait un pacte de cinq ans pour ne pas démanteler l’entreprise. Les détails de l’accord et des alliances d’actionnaires ainsi que le sort de certains actifs de Lagardère, comme Europe 1 et le Journal du Dimanche (JDD), n’ont pas encore été finalisés, ont ajouté les personnes.

Elles ont prévenu que l’accord n’avait pas encore été signé et que les discussions pouvaient échouer à la dernière minute. Lagardère doit tenir un conseil d’administration lundi, ont précisé les sources. Arnaud Lagardère, qui dirige la société endettée fondée par son défunt père, serait prêt à se défaire d’une structure obscure dans le cadre de l’opération, ont ajouté les trois sources. Cette structure lui confère un droit de veto sur de nombreuses décisions clés, bien qu’il ne détienne que 7% des actions, et a constitué un obstacle majeur à toute tentative de rachat de l’entreprise.

Vers une réorganisation des parts détenues

L’héritier de la famille a été la cible de critiques de la part du fonds spéculatif Amber Capital, qui a mené une campagne militante contre la direction de Lagardère au sujet de sa gouvernance. Vivendi détient 27% de Lagardère, devant Amber avec 20% et le fonds souverain du Qatar avec 13%, tandis que Bernard Arnault possède un peu moins de 8% et a également investi dans la holding personnelle d’Arnaud Lagardère. « Cette opération permettrait de clarifier le problème de gouvernance. Il y avait deux couches avant, maintenant il n’y en aurait qu’une seule », a déclaré l’une des personnes proches des discussions.

Il n’est cependant pas encore clair comment le pacte peut être cimenté pour éviter les offres publiques d’achat sur Lagardère, y compris par Vivendi, et s’il y aura des clauses de sortie. Des sources ont précédemment déclaré qu’Amber et les Qataris souhaitaient vendre à terme. Dans le cadre de l’accord en cours de discussion, Bolloré pourrait être un grand gagnant. Vivendi pourrait obtenir trois sièges au conseil d’administration de Lagardère, selon l’une des sources.

Arnaud Lagardère pourrait diriger l’entreprise pendant cinq ans, selon les trois autres sources. Le journal Les Echos a rapporté samedi que sa participation pourrait également être portée à 14%. Bernard Arnault souhaitait s’emparer du journal JDD ou du magazine Paris Match.

La trêve répondrait au moins à l’un des objectifs du milliardaire, qui était d’aider Arnaud Lagardère à conserver son poste à la tête du groupe et d’éviter un éclatement complet du groupe, a déclaré une autre des sources au fait des discussions.