La France se prépare à une relance très difficile

Il a fallu un peu plus d’une heure au directeur général de la plus grande société de location de voitures d’Europe pour convaincre le ministre français de l’industrie de la nécessité d’un renflouement.

Les grands groupes comme les plus modestes s’inquiètent

La directrice générale d’Europcar, Caroline Parot, a transmis un message sinistre en mars, juste avant que la pandémie du Covid-19 ne contraigne le pays au verrouillage : les interdictions de voyager risquant d’écraser l’entreprise, sans accès à des liquidités pour couvrir les frais fixes, Europcar pourrait être en réelle difficulté. « L’essentiel est que nous n’ayons plus de clients », a déclaré Mme Parot à la ministre Agnès Pannier-Runacher.  Mme Parot a été l’un des premiers directeurs généraux à faire un tel plaidoyer dans le bâtiment monolithique qui abrite le ministère français des finances. Elle ne serait pas la dernière. Alors que les magasins ferment et que les infections se multiplient, un défilé d’entreprises françaises réclame des liquidités pour se sortir d’une crise sans précédent. En réponse, le gouvernement a rapidement engagé jusqu’à 300 milliards d’euros dans un programme de prêts garantis par l’État, mobilisant des moyens rarement vus en dehors des guerres, visant à empêcher la pandémie de faire s’effondrer l’économie.

Le PGE suffira-t-il ?

Baptisé « prêt garanti par l’état » (PGE), ce programme, dirigé par le ministre des finances Bruno Le Maire, visait à canaliser des fonds vers les entreprises afin de les aider à traverser ce que l’on espérait alors être un court lock-out pour ralentir la propagation du virus. Avec un généreux programme de mise à pied, le PGE était l’arme la plus puissante de l’arsenal français, car il luttait pour empêcher la pandémie de provoquer un chômage massif et des faillites. Dans toute l’Europe, la pandémie de coronavirus a entraîné l’une des périodes d’intervention publique les plus intenses depuis des décennies. La France était l’un des pays les mieux préparés à agir, étant donné sa longue histoire de dirigisme économique et les liens étroits entre la bureaucratie et l’industrie. Mme Pannier-Runacher faisait partie d’un petit groupe de bureaucrates qui ont piloté la réponse en utilisant les groupes WhatsApp, les appels Zoom et un comité enterré dans les entrailles du ministère des finances qui a lancé des appels de vie et de mort sur les entreprises les plus mal loties. Europcar, l’un des premiers demandeurs, a été un cas d’école pour le gouvernement et les banques qui ont mis en place le programme de prêts. Mme Pannier-Runacher s’est efforcée de le sauver. « Nous n’allions pas laisser cette entreprise se retrouver au pied du mur car elle est bien gérée, offre un service dont la France a besoin et emploie environ 8 000 personnes », dit-elle. « Le gouvernement devait faire quelque chose ».